

Saint-Gondon Patrimoine Historique
Prieuré du 15e siècle (1493) restauré au 16e siècle
18 juin 1940 - St-Gondon a échappé à la destruction
Tous les espoirs du 44e Corps d’Armée allemande, le seul corps à ne pas avoir de tête de pont sur la Loire, reposent donc sur l’action que doit entreprendre le colonel Sinzinger dans le courant de l’après-midi du 18 juin. Celui-ci a l’intention de franchir la Loire entre Arcole et Nevoy sur la rive opposée face à Saint-Gondon, secteur tenu par le 239e D.L.I du général Dunoyer. Elle se compose du 2e RI tchèque à la Ronce, et plus à l’est, du 59e RI à Saint-Gondon et du 138e RI à l'ouest de Poilly-lez-Gien. Toutes ces unités ont débarqué en gare de Gien le 16 juin entre 15 et 20 heures. Une mitrailleuse Hotchkiss est installée dans un vaste trou, en bas du chemin de la ferme, la Chassenaudière, une batterie antiaérienne sur le Clou, une autre au début du Chemin des Plantes. Elles ont été mises en place de nuit et ont organisé sommairement leurs positions au cours du 17 juin. Mais tous les emplacements ont été repérés et photographiés par l’escadrille 4(H)12. Et le colonel Sinzinger les a donnés comme objectifs à son artillerie. A 13h30, celui-ci donne ses ordres pour l’opération de franchissement dont il fixe l’heure « H » à 16h00. Selon le plan d’attaque, le franchissement sera précédé d’une intense préparation d’artillerie sur les positions de Saint-Gondon. La rive sud de la Loire sera battue par le tir des armes lourdes de l’infanterie: canons de 20 mm et de 37 mm antichars, mitrailleuses de 10 mm, mortiers de 81 mm. Puis l’infanterie traversera le fleuve en 4 vagues de 120 hommes chacune, espacées de 15 minutes pour permettre le retour des radeaux pneumatiques. Premier objectif : la cote 134 au Nord-Ouest de Saint-Gondon. Ensuite l’opération sera alimentée avec de nouvelles troupes par le général commandant la 83e Division d’Infanterie, et se développera comme prévu. Le général Von Reichenau, commandant la VIe armée voit déjà beaucoup plus loin, et c’est normal!
Par ordre n° 14 du 18 juin à 8 h 00, il a donné ses instructions à ses 3 commandants de corps.« Par ordre du Führer, la poursuite de l’adversaire en déroute doit être entreprise immédiatement, et avec la totalité des moyens. » A 15h58, très exactement, un déluge de fer et de feu s’abat sur Saint-Gondon, le château de l’Ormet est touché ainsi qu’une scierie. Le colonel Sinzinger a eu un sourire de satisfaction en consultant sa montre. Il donne ordre de porter son Poste de Commandement à hauteur de la Route Nationale 152, à la côte 151. Dans moins de 2 heures, il sera à Saint-Gondon, et ses cyclistes à Argent-sur-Sauldre. Mais un grain de sable vient de faire gripper cette mécanique bien réglée. Une unité coloniale commandée par "d’irréductibles officiers" – comme le déclarera le lendemain le Général Von Reichenau - prend les Allemands sous son feu. Qui sont-ils... ? Nous le saurons peut être un jour... Mais rien ne permet aujourd’hui de les identifier. Ils se trouvaient là, isolés sans ordre supérieur. Ils ont agi de leur propre initiative. En tout cas l'attaque allemande est brisée, le 44e Corps d'Armée ne put franchir la Loire ce 18 juin 1940 comme prévu ! Et le détachement Sinzinger qui devait atteindre la Sauldre est employé à nettoyer les bois Béhague.
Le franchissement eut lieu le mercredi 19 juin 1940
Au même moment, à Londres, un Général Français fait appel aux forces de notre empire et du monde, et prédit la victoire finale.
Par la suite, il fut déclaré en mairie 40 points d'impacts dans le bourg.
Rafle du 30 juin 1944
À la suite d’une dénonciation d’un « collabo », la Gestapo de Gien fit une rafle à Saint-Gondon et arrêta plusieurs hommes qui furent déportés à Compiègne (Henri Bissonet, Camille Foucher, André Gourdet, Henri Molinet, Maurice Robinot) et une femme déportée à Ravensbrück et Buchenwald (Janine Coilbault), son mari était chef du réseau local de la Résistance.
18 août 1944 - Fusillade de la Côtes des Vignes
Deux mois après le débarquement des forces alliées en Normandie, les troupes allemandes, harcelées de toutes parts, tentaient d’échapper au piège qui se refermait inexorablement. Dans leur mouvement de repli vers la frontière de l’Est et en même temps qu’elles étaient une cible de choix pour l’aviation alliée, elles devaient faire face à l’action de la Résistance. Des aff rontements souvent meurtriers opposaient soldats allemands et combattants de l’armée clandestine, avec leurs cortèges de drames auxquels la population civile en maintes circonstances paya un lourd tribut. Les exemples de Tulle et d’Oradour-sur-Glane, parmi beaucoup d’autres, sont restés tristement célèbres. La région Centre ne fut pas non plus épargné. Des engagements sanglants suivis d’exactions eurent lieu en forêt d’Orléans, au Carrefour de la Résistance, près de Lorris, en Puisaye, en Sologne également, et dans les départements limitrophes.
À Saint-Gondon, lors d’un sérieux accrochage dans la Côte des Vignes, 4 résistants furent tués et les habitants de la commune restèrent sous la menace de représailles durant plusieurs jours. H e u reusement, l’intervention courageuse de quelques personnes évita le pire.
Jusqu’au 15 août, tranquillité relative entre Gien et Sully fréquemment bombardée. Beaucoup d’étrangers à notre territoire y sont venus chercher refuge. À Dominus se trouve une petite colonie du collège de Sainte-Croix d' Orléans. Commence alors le défilé des troupes allemandes en retraite cherchant à regagner avant qu’il ne soit trop tard le « Grand Reich ». Ce vendredi 18 août vers 11 heures du matin, une rencontre malheureuse se produit au bas de la « Côte des Vignes ». À quelque 800 mètres du bourg, arrivent deux voitures de la Résistance contenant sept hommes et se trouvent face à deux soldats Allemands.Une fusillade éclata. Cette fusillade s’entendait du bourg. On n’a pas su le nombre de morts allemands. Quatre français furent tués :
- Ernest Bildstein, exerçant à Gien la fonction d’instituteur, connu dans la Résistance sous le nom du lieutenant Rémi.
- André Lelièvre, originaire de Coullons et qui dut être tué au volant de la voiture qu’il conduisait.
- André Deroin, de Saint-Martin-sur-Ocre, prisonnier évadé après trois tentatives et qui venait de quitter sa famille pour rejoindre le maquis de Coullons.
- Georges Sevére, également de Saint-Martin et qui, comme le précédent, quittait ses parents quelques instants avant le drame.
Dans l’après-midi, deux voitures allemandes à la poursuite de survivants pénètrent à Dominus. Un officier vida la demeure de ses habitants, les réunit dans les communs en déclarant : « Si dans dix minutes les terroristes ne sont pas retrouvés, vous serez tous fusillés ». Il y avait les propriétaires, leurs enfants et petitsenfants, leurs hôtes, six élèves de Sainte-Croix, les religieuses de l’établissement, quatre professeurs ecclésiastiques, et enfin, Monseigneur Aubry. Ils durent leur salut au sang-froid d’une religieuse d’origine alsacienne, et parlant couramment l’Allemand. Elle leur fit visiter la maison, leur montra la photographie de ses deux neveux incorporés dans l’armée allemande dont l’un venait d’être tué sur le front russe, et ne les lâcha qu’après avoir obtenu un certificat attestant qu’il n’y avait pas de « terroristes » dans la propriété. Ces Allemands allèrent passer leurs nerfs sur la ferme de la « Chassenaudière », proche du lieu du combat. Ils incendièrent immeubles et meules qui dégagèrent une épaisse fumée. Il était environ 16 heures. Alerté par cette colonne de fumée qui s’élevait dans le ciel de cette chaude journée d’août, Monsieur le curé de Saint-Gondon se rendit sur les lieux. Au passage, dans le fossé gauche de la route, il vit les cadavres et arriva à la ferme. Les pompiers de Saint-Gondon venus par le chemin des Plantes le rejoignirent peu après et furent assez heureux pour sauver la maison d’habitation. À ce moment revenait de Nogent-sur-Vernisson une importante file de voitures charretières conduites par des fermiers de Tigy qui avaient été réquisitionnées pour accompagner l’armée allemande dans sa retraite et qui regagnaient leur pays. Monsieur le curé, quittant la ferme, redescendit sur la route et obtint de l’un d’eux qu’il arrêtât sa voiture pour y déposer les corps. Aidé par deux autres personnes dont l’abbé Beaugé, il releva les quatre victimes et les plaça dans la voiture. Arrivé au bourg, il les déposa sous le préau de l’école et, ayant averti le maire Monsieur Guillot, il retourna à la « Chassenaudière ». Dans la nuit, d’autres troupes allemandes campèrent dans le pays et deux incidents se produisirent : d’une part un soldat allemand avait laissé échapper une grenade qui fit parmi eux, un mort et une vingtaine de blessés. Et d’autre part, des mains plus inspirées par la ferveur patriotique que par la prudence, avaient déposé sur la bâche qui recouvrait les cadavres quatre brassards tricolores portant les lettres F.F.I. brodées.
Samedi 19 août. Certains soldats allemands de passage firent irruption dans cette cour et découvrirent les corps alors que Monsieur Cartonnet, l’instituteur, allait vers son jardin sans se douter probablement de cette visite inopportune. Les soldats le surprenant pensèrent qu’ils avaient affaire à un « terroriste » et le conduisirent à leur officier qui était à l’hôtel-restaurant d’Orléans, tenu par Monsieur Vallée. Rapprochant les deux faits, le commandant allemand prétendit que la grenade avait été jetée par un « terroriste » et voulut faire fusiller dix otages. Un véritable tribunal fut institué, le maire y fut convoqué et on lui demanda de désigner dix otages. Au premier rang desquels se trouvait Monsieur Cartonnet. Le vieux maire Monsieur Jules Guillot refusa d’en désigner, disant qu’à son âge, il ne pouvait craindre la mort. Monsieur le curé amené par les allemands à titre de parlementaire ou d’otage… (Qui sait ?)
Excédé d’une discussion qui n’aboutissait pas, il offrit d’aller chercher Messieurs le Docteur Morin et Michel Léveillé-Nizerolles qui parlaient allemand. Ils furent assez habiles pour faire comprendre au commandant irascible, qui jouait avec une grenade tout en parlementant, que les victimes étendues là étaient étrangères à la commune et que seul les hasards de la guerre avaient voulu que la mort les surprît sur notre territoire. Madame Cartonnet, tourmentée, tenait son enfant en bas âge dans ses bras, suppliant l’officier et demandant sa clémence. Celui-ci se laissa convaincre, assuré de la sagesse de la population. La menace fut donc abandonnée. Cependant, il menaça de brûler le pays s’il y avait quelque incident dans la journée. Ensuite des mitrailleuses furent placées dans le clocher, avec vigie. Dans l’après-midi, les quatre Français furent inhumés avec le soldat allemand, sans aucune cérémonie. Quelques jours plus tard, un service solennel fut célébré à leur intention par les soins de Monsieur le curé.
La journée du dimanche 20 août fut assez calme. Mademoiselle Geneviève Morin, son oncle le Docteur Morin et Monsieur le curé s’offrirent pour venir en aide aux blessés allemands. Cet acte d’humanité se doublait du désir de posséder des gages en cas de nouvelles difficultés. Elles ne se firent pas attendre. Ce lundi soir 21 août, à la tombée de la nuit, le tambour de la ville fut invité à battre l’ordre pour tous les hommes de 14 à 60 ans, de se réunir dans l’église. Étant donné le nombre de réfugiés réunis alors à Saint-Gondon, cela faisait un groupe considérable. Serait-ce une réédition du drame d’Oradour, heureusement ignoré de la plupart ?
Quelques initiés le redoutaient. Peu de temps après la tombée du jour, à l’entour du pays retentit une vive fusillade, grenades et mitrailleuses donnaient. Les femmes tremblèrent dans leurs demeures pensant que leurs maris ou fils étaient fusillés. Ces hommes dans l’église imaginaient un combat avec la Résistance et redoutaient de servir d’otages. Peu à peu cependant, le tumulte s’apaisa, le jour se leva sur cette nuit interminable. À la requête de quelques hommes, Monsieur le curé sortit pour demander si l’on était autorisé à quitter l’église. À sa grande surprise, il constata que les troupes et leurs chefs avaient disparu. Il revint aussitôt en donner l’heureuse nouvelle à ceux qui l’attendaient. Ce simulacre de combat apparut alors comme un sinistre scénario monté par des hommes que la crainte des forces de la Résistance affolait. Afin de remercier le Seigneur de ses bonnes grâces, Monsieur le curé proposa pour le lendemain un office. Le lendemain, alors que Monsieur le curé venait de terminer son office, des coups retentirent à la porte de la sacristie, la porte s’ouvrit, et un officier allemand d’une grande stature apparut dans l’encadrement. S’adressant à Monsieur le curé, il le remercia de la bonne conduite des hommes retenus dans l’église, il salua et s’éclipsa. Pendant quelques jours encore, des petits paquets de soldats circulèrent puis vint enfin la certitude et l’allégresse de la délivrance.
Photo des otages à Dominus:
Un monument fut édifié l’année suivante marquant l’emplacement précis du drame.
Ceux qui ont vécu et qui se souviennent de ces heures, de ces jours sombres d’août 1944, verront dans ce récit authentique la personne du regretté prêtre l’abbé Courtial, curé de Saint- Gondon de 1942 à 1954.
